Choose another map, showing:
|
You need to upgrade your Flash Player
Click here to start downloading FlashPlayer!
|
J'avais plusieurs titres alternatifs pour ce chapitre:
- les forges de Vulcain (les connaisseurs de BD apprecieront)
- la bouse divine
Oui, la bouse. Car finalement rien ne ressemble plus a une coulee de lave figee qu'un gigantesque bouse de vache. Ici, on atteint des echelles proprement divines et dignes de puissants, fertiles et destructeurs dieux hawaiiens.
Mais commencons par le commencement. Nous sommes arrives sur l'ile d'Hawaii voila cinq jours. Comme je l'expliquais dans le chapitre precedent, cette ile possede un volcanisme particulierement actif, et notamment le plus grand volcan actif du monde. Nous nous sommes tout d'abord bases a Hilo, la capitale, sur la verte cote est. Un peu trop verte meme. Nous aurions du nous mefier, il s'agit en fait tout bonnement de la ville la plus humide des Etats-Unis. C'est bien simple, il pleut tout le temps. Quand il fait beau, il pleut quand meme sous le soleil, ou alors c'est qu'il va pleuvoir sous peu. Bon, il fait assez chaud et la pluie est tiede, mais tout de meme ca freine un peu le tourisme. Du coup nous goutons a une tranche assez authentique des Etats-Unis et d'Hawaii; bien plus en tout cas qu'un piege a touriste comme Waikiki.
Comme toujours, il y a des bons et des mauvais cotes. Les paysages sont magnifiques (quand on les voit), la vision sublime de l'enorme masse du Mauna Kea couvert de neige est si poignante et si belle que les larmes me coulent sur le visage... ah non, c'est la pluie. Damned.
Mais deja certains aspects de la culture locale me choquent.
Le cote benin, c'est la mentalite du "toujours plus" a l'americaine. Ils ont des voitures ENORMES, completement ridicules. Des voitures de trois metres de haut et six de long a trois places qui consomment probalement de facon effroyable, de la nourriture en quantites industrielles...
Il y a beaucoup de vagabonds, d'ivrognes et de sans-abris, plus que tous les autres pays a part l'Inde. Beaucoup de gens semblent mefiants et agressifs. Entre autres exemples, je me suis fait gueuler dessus par un local parceque j'avais parle a sa copine sur la plage. Je tente de calmer le jeu (dire bonjour ne me paraissant pas un crime impardonnable) quand son pote arrive (un tatoue en marcel), me dit qu'il est flic et que s'il me revoit dans le coin il lachera son chien d'attaque (un gros dobberman). Bonjour l'ambiance. La dignite de la police locale ne s'est pas arrangee lorsque j'ai decouvert en ville des affiches (ecrites a la main avec pas mal de fautes d'orthographes mais pleine d'une douleur bien reelle) denoncant les violences de la policae qui a tue un jeune desarme d'une balle dans la nuque la semaine derniere. Le policier n'a pas ete inculpe.
L'auberge ou nous logeons est aussi un peu bizarre, sale remplies de personnages etranges. Un type aux joues creuses regarde CNN vingt heures par jour en jouant de la guitare electrique sans ampli. Hubert partage son dortoir avec un homme enorme dont les ronflements font trembler les murs. Et la pluie n'en finit pas de tomber. N'y tenant plus, nous faisons tout de meme de longues ballades sous le deluge. Des surfeurs dansent sur les vagues grises sans se soucier du temps. Nous sommes separes du centre ville par une vaste zone industrielle, ses entrepots douteux et ses gazometres crasseux agglutines en amas rouilles...
"Une ville flottante
Un tison dans le vent
Naviguant vers les etoiles"
Campe sur un rocher, j'admire un paquebot luxueux qui s'eloigne vers Tahiti, ses cabines allumees comme les bougies d'un gateau d'anniversaire d'une centenaire. Le ciel est jaune est menacant. Je me suis installe sur une ile de lave quelques metres au dessus des eaux qui roulent et bouillonnent. Sous moi les vagues s'engouffrent dans un chasme terrifiant en grondant, s'ecrasent au fond du gouffre sur le mur qui le barre, le submergent, l'engloutissent. Sur mon solide perchoir je me crois a l'abri, mais soudain les creux deja terribles s'approfondissent regulierement. A cent metres un mur liquide se dresse, une fosse sombre se creuse, une vision d'horreur vert sombre et inexorable. Il est trop tard pour fuir, pour atteindre cette ile j'ai traverse des chenaux peu profonds qui seront engloutis par les vagues. Le tsunami s'approche, chatiment divin qui semble prendre toute l'horizon. Lorsque la muraille arrive a quelques brasses et commence sa charge furieuse, je me secoue, me recroqueville en position foetale et aggrippe des deux mains une protuberance de lave petrifiee, me cramponnant desesperement, tous les muscles bandes. L'eau monte, grimpe eclate sur ma droite en une amsse d'ecume, me passe sur la gauche en hurlant comme un train express le long d'une faille du rocher et finalement le centre de l'assaut atteint mon refuge. Le flot rugissant deferle, les remous utour mes chevilles tentent de m'arracher a mon rocher... puis l'eau redescend dans un chuintement assourdissant, le cri de rage de Meduse. Soulage et incredule, je releve la tete. Derriere mes cheveux trempes d'autres murailles mouvantes se suivent et se rapprochent pour l'halalli. Sans prendre le temps de reflechir, je me retourne, bondis de pierre en pierre au dessus du chaudron qui reflue et rejoins la securite du rivage. Au loin les lumieres du vaisseau disparaissent derriere l'horizon et ses moutons. En frissonnant je retourne vers le coeur de l'ile, sous la pluie qui recommence a tomber...
Apres quelques jours de ce regime, nous finissons par accepter l'inevitable: la pluie ne va pas s'arreter! Apres enquete (lire la page trois du guide sur Hawaii achete en Australie), l'autre cote de l'ile est assez different: il n'y pleut jamais.
Du coup nous louons une voiture, bien que tous les locaux nous aient affirme que ce serait impossible en cette saison de festival de hula hoop (si si).
Nous partons explorer les gigatesques chutes d'eau d'Akaka, tres bien (sous la pluie), puis nous grimpons les flancs du Mauna Lea et entrons les terres des dieux furieux, le parc des volcans.
Premiere constation: c'est grand. La caldera du Kilauea, un petit volcan tres actif ressemble a un cratere lunaire et s'etend jusqu'a l'horizon. Le cratere principal a une circonference de 18 kilometres, des murs presque verticaux de trois cent metres, et ce volcan n'est qu'un nain sur l'epaule du prince des volcans, le Mauna Loa, le plus grand volcan du globe. Nous prenons conscience de son immensite lors d'une breve accalmie en aprecevant sa masse monstrueuse a travers les nuages: il nous domine de ses quatre mille metres, mais sa pente est si faible que son diametre doit approcher les quatre vingt kilometres!
A l'interieur de la caldera, c'est un autre monde. Meme la grandeur des volcans de Nouvelle-Zelande ne nous a pas prepare a ca. La terre est arrachee, brisee, fracturee, broyee, devastee. Des fumees nocives s'echappent en panaches menacants de partout, aucune plante ne survit au coeur du volcan. Nous marchons au sommet de falaises du cratere, descendons dans les rifts qui dechirent ses vastes flancs ou la terre s'ouvre comme une fermeture eclair sur des kilometres, nous explorons a la lampe torche les tunnels de lave incroyablement reguliers de la taille de couloirs de metro. Il fait froid et humide, le Kilauea est a plus de mille metres d'altitude et est constamment arrose d'une fine pluie froide et percante.
"Les plis du rocher
Noirs et tourmentes
Un feu lointain"
Finalement nous descendons vers le Pacifique et ses coulees de laves. Nous marchons pres de la mer sur de la roche recemment solidifiee. Elle forme d'etranges motifs, a coule lentement comme une pate fluide et s'est refroidie en un immense bouse noire qui brille de reflets de mica dans le soleil couchant. L'ocean creuse cette roche en une sombre falaise dechiquetee, d'enormes vagues s'y ecrasent. Des arches gothiques de roches se sont formees, dentelees et acerees. Nous marchons longtemps sur ce terrain difficile pour nous rapprocher des flots de lave. Presses par le temps nous n'arrivons qu'a trois kilometres de notre but, mais deja dans l'obscurite qui s'annonce nous voyons la lave rougeoyer au loin et parfois s'elever en fontaines de feu. Il fait un temps radieux ici, derriere la ligne de demarcation est-ouest de l'ile; mais la-haut au sommet nous apercevons un nuage inquietant: la tempete fait rage du cote humide.
Nous reviendrons demain mieux equipes. Ce soir nous logeons seuls dans une sorte de chalet-auberge tenue par un japonais immigre.
You need to upgrade your Flash Player
Click here to start downloading FlashPlayer!
|