Pnom Penh, Cambodia
11° 33' N 104° 54' E
Jan 11, 2006 08:33
Distance 211km

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Le lourd passé du Cambodge

Text written in: French

Nous retrouvons Etienne a Ho Chi Minh City. Ses quelques heures d'errance dans la ville lui ont deja donne une idee de la facon dont les choses tournent, entre tarifs extremes et entourloupes diverses. C'etait a prevoir en arrivant seul, tot et avec un gros sac a dos, ca equivaut commercialement a porter un sticker "I voted for Bush" en Iran. Mais il s'en sort bien et surmonte tres vite le decalage horaire.

Lors de notre dernier repas au Vietnam, nous dinons dans un restaurant gigantesque et bondé. Les menus sont variés avec des plats curieux, comme les ovaires de truie ou la langue et les reins de porc. Destabilisé par lápproche commerciale typiquement vietnamienne de l'hotesse qui prend les commandes et par son décolleté plongeant, Etienne bredouille des questions essentielles sur la taille des bieres. C'est toujours délicat au début.

 

"Lourdes et collantes
Les goutelettes
Roulent le long du dos"


Nous partons en bus vers Phnom Penh et le Cambodge.
Trajet sans histoire a travers les rizieres d'un vert eclatant. Le passage de la douane est ennuyeux, Hubert qui n'a pas de photo pour son visa s'en découpe habilement une dans une photocopie de son passeport, nous payons les vingt dollars de rigueurs et patientons dans la poussiere. Nous voila au Cambodge.

Phnom Penh est une ville aux larges avenues modernes et aux sombres rues de terre rouge. Les differences avec le Viet Nam sont subtiles mais bien presentes: les rickshaw sont de larges tchouk-tchouks quatre places, les prix sont moins élevés et souvent en dollars, l'ambiance plus nonchalante. Les visages sont differents, rides et basanes. L'architecture, inexistante au Vietnam est belle, les batiments publics sont batis sur le modele des temples. Des moines vetus en oranges parcourent les rues, abrites du soleil par des parapluies jaunes. La pauvreté et la mendicité sont tres présents, ainsi que les mutilés. Le contraste avec les énormes berlines qui sillonnent la ville est d'autant plus choquant. Ici les enfants mendient partout, ce qui est rare au Vietnam et en Chine.

Nous retrouvons Christophe le frere d'Etienne. Surprise, leur cousine est de passage en vacances. Nous passons une soiree de fete franco-cambodgienne dans le somptueux appartement en colocation de Christophe, avec des Cambodgiens, des francais et des Laotiens.

Le lendemain, Hubert et moi explorons la ville. Nous visitons une école lorsque la cloche de la recreation sonne, laissant des centaines d'enfants s'échapper dans la cour. Au milieu de l'ecole, une temple bouddhiste accueille quelques moines avec qui nous discutons une heure. De bons echanges sur le Cambodge, le roi, le passé et l'avenir du pays.

"Un temple et un bouddha couche
Une odeur de pieds"

L'apres midi se passe en la visite du palais royal, somptueux.

"Pagodes
Les toits de tuiles dorées
Supplient le soleil"

Nous visitons ensuite un musée consacré aux Khmers rouges.


Rappel des faits: dans les années 70, bien aidés par les bombardements massifs et illégaux des américains sur le sud-est du pays, les Khmers rouges prennent le pouvoir et fondent une société égalitaire a vocation agraire. Le but est noble, les moyens ignobles. Rapidement la paranoia s'installe; les intellectuels, les gens aisés, les habitants parlant des langues étrangeres, les moines sont accusés de combattre la révolution et massacrés. Les dénonciations, tortures, enlevements et massacres augmentent de jour en jour, jusquá un paroxysme kafkaien ou meme les cadres du parti sont eux-meme detruits par cette machine implacable.
Déshonneur ultime, c'est finalement l'ennemi traditionnel vietnamien qui delivrera le Cambodge de cette spirale de mort. Les bilans different mais sont terrifiants: environ trois millions de morts pour un pays de douze millions d'habitants, un pays totalement détruit, une génération perdue. Le Cambodge s'en remet lentement mais on sent partout les sesquelles de cette époque maudite.

S21 était l'un des principaux centre de torture et d'interrogation du régime. Sept détenus ont survécu sur les douze mille qui y sont passé. Le lieu était auparavant une école, ce qui ajoute a l'horreur. Transformé en musée assez sobre, le camp est terriblement impressionnant et irradie le mal. Des milliers de photos de victimes sont exposées, ainsi que des biographies tirées des énormes dossiers écrits sur tous les prisonniers. On peut visiter les cellules et apprendre ce qui c'est passé ici, sans pour autant pouvoir le comprendre.

"Des barbelés électrifiés
Autour d'une école
Un crapaud saute"

Des graffitis ainsi que des livres d'or avec les commentaires des visiteurs offrent un éclairage interessant sur le lieu et la perception qu'en ont les visiteurs de toutes les nationalités.

Typiquement les américains et les européens notent une question horrifiée: "Comment est ce possible? Pourquoi ne juge t on pas les responsables?" ou une affirmation religieuse: "Que Dieu aide les survivants. Jesus reigns." ou bien meme: "Je remercie Dieu de vivre dans le pays de la liberté, l'Amérique."
Comme on peut s'y attendre, d'autres messages critiquent acerbement ces déclarations, les qualifiants de "stupides, insolentes, de lavage de cerveau...", ce qui entraine d'autres réaction virulentes.

Le tout forme un dessin assez frappant des relations et des tensions internationales actuelles, bon nombre d'américains percus comme stupides, religieux, arrogants mais souvent attaqués avec violence et sans grande justification.

Tout cela dans un tel cadre n'incite pas  l'optimisme, et si l'histoire nous montre qu'hélas les génocides sont courants l'homme n'en retient guere de lecons. L'histoire se répetera encore bien des fois, j'en suis hélas persuadé.
Heureusement quelques fragments de poésie, quelques cris de tristesse et d'espoir surgissent ca et la, gravés sur les murs sales de ces lieux corrompus...

"Quand c'était une prison
Nul n'apprenait
Quand c'était une école
Nul ne mourait"

Graffiti anonyme


"Notre revanche sera le rire de nos enfants"
Bobby Sarich

Photos / videos of "Le lourd passé du Cambodge":

Carte du pays, a la poste centrale Saigon vue de notre 6eme etage Notre chambre super luxe a Saigon Des alcools de serpent Le marché de Phnom Penh, peut etre réalisé par mon grand-pere Jardins du palais royal Jardins du palais royal Bande dessinée des aventures de Krishna Scene de rue Scene de rue Scene de rue; palmier tordu Le palais royal Photomiroir Scene de rue Scene de rue Scene de rue Une porte J'aime bien les arbres locaux Un Wat et une horloge florale Le contraste entre la pauvreté ambiante et les enormes 4x4 est affolant Un bazar L'ambiance des toilettes aux chandelles Eric et un moine rigolard Hubert et nos amis les moines Une ecole Ca rapelle les chortens du Tibet Un batiment classique pour le Cambodge Une station d'essence Des bananes qui sechent Les moines voient la vie en orange Une soirée a Phnom Penh parmi les expats Horrrriible photo!!! Cellule a S21 Cellule a S21 S21, le camp de la mort Photo artistique d'Hubert. Quel talent. Les jardins du palais royal un Bouddha Une hybre terrifiante. C'est tres commun dans les environs. Le palais Des moines en parapluie Une rue de Phnom Penh Nos amis moines etudiants Une école Hubert en pleine action cosmique
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