Abuja, Nigeria
9° 15' N 6° 56' E
Oct 18, 2004 12:08
Distance 7473km

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malaria et id al fitr a Kano

Text written in: French

Alors on se demandait ou j'étais passée (fort légitimement par ailleurs) ?? bon j'ai du arrêter de fanfaronner parce qu'après les Caraïbes, le bureau de Barcelone a trouvé que j'avais suffisamment fait bisqué les potes et la famille et m'a envoyée direct au …… Nigeria : bah voui

Qu'associez-vous avec le Nigeria ? pas grand-chose ? normal, je confirme ; un des pays les plus corrompus au monde ??? bah faut pas exagérer, il est seulement classé second par les nations unies, derrière le Bangladesh. La sharia (interprétation du Coran par des intégristes, érigée en loi supérieure) dans les états du nord ? c'est vrai encore, même si les sentences de lapidation sont en attente d'exécution. Bref un environnement rieur et délicat en concurrence directe avec Disneyworld, avec Noire-Neige et les Sept Nains et Cendrillon qui n'est pas prête de foutre un orteil hors de la maison sans compagnie masculine… (quoi politiquement correct ???)

Mais vous me connaissez, il en faut plus pour m'abattre.

Quelques jours après mon arrivee j'ai jeté un œil à ma liste de choses-à-ne-surtout-pas-faire et en numéro un il y avait choper la malaria. Voyant cela les moustiques nigeriens qui sont très facétieux se sont empressés de me poursuivre et bien qu'un seul (ou une seule devrais-je dire puisque ce sont ces pétasses de moustiquettes qui nous bouffent) ait eu l'insigne honneur de goûter à mon précieux sang (l'a regretté tout de suite après je peux vous dire), il, pardon elle, m'a refilé ce fichu virus. Comme j'aime bien les challenges, j'ai fait un package avec un bon gros rhume de derrière les fagots (air conditionné oblige) et j'ai passé quatre jours à conduire mes entretiens et faire mes présentations en bouffant du paracétamol. Au quatrième jour j'ai fini par avoir l'intuition que ce rhume était bougrement costaud et qu'il était bizarre d'avoir aussi froid quand tout le monde autour transpire par 36 degrés. La j'ai fait le truc débile ; j'ai pris mon guide de voyage et j'ai lu la page « santé »….. mes collègues ont ensuite pu admirer un sprint saut du lit-traversée-du-couloir-et-du-salon et empoignage du téléphone en 4'sec37. Les lignes de téléphone locales étant plus capricieuses qu'Elizabeth Taylor, j'ai mis beaucoup plus de temps à joindre Europ Assistance. Mais ensuite j'ai eu la joie ineffable d'admirer un hopital africain de l'intérieur ; je vous le conseille absolument, c'est une visite à ne pas manquer : 3 heures pour obtenir la consultation ; 12000 personnes entassées à la réception, et le top fut la prise de sang ; comme les gants ça fait pro, ils en mettent tous, pour faire de la paperasse, taper à l'ordinateur ou balayer… Le gars qui devait faire ma prise de sang avait bien des aiguilles stériles (j'ai bien vérifié tiens) mais ses petits gants blancs étaient jaunasses. Tout en me disant « asseyez-vous là », il s'est mouché et gratté le crâne, ce qui m'a expliqué la couleur des gants. J'ai donc insisté pour prendre moi-même le désinfectant, en mettre sur le petit coton et nettoyer mon petit bras avant qu'il n'avance son aiguille. On n'est jamais mieux servi que par soi-même…. Un autre grand moment fut mon enregistrement dans leur nouveau systeme informatique (si): vous connaissiez les personnes qui tapent a l'ordinateur avec les deux index et c'est deja pas rapide ; et ben le gars n'en utilisant qu'un seul………. Comme nationalite il m'a mis « nigerian » (perspicace le monsieur) et comme tribu (sisi il fallait que je reponde), j'ai donc demande « mickey » ; je suis donc le fondateur officiel de la tribu des mickeys au nigeria ; d'autres amateurs ???

J'ai fini par trouver une autre clinique via l'ambassade de France et me voila toute bien retapée et débarrassée de ce vilain virus (le falciparum qui est la souche de malaria locale ne reste pas dans le sang….bonne nouvelle non ??), apres une bonne cure de sommeil (ceux qui me connaissent savent en effet mon aptitude notoire au roupillon, alliant la subtilite de la buche a la suavite du grizzli en hibernation, je pionce ; ce qui m'a valu d'emettre quelques phrases cultes a certain qui se reconnaitront, comme « quelle veillee chantee de scouts ? » en Sicile, « ah bon il ronfle ? » apres deux ans d'une relation parfaite et tres recemment a mes collegues meduses « quel appel a la priere de 5 heures du matin ? »).

Quand je me suis reveillee, la mission avait commencé et j'ai découvert l'Afrique Noire pour la première fois de ma vie….

Côté gouvernement et institutions, c'est un mélange hilarant de gentillesse et d'inefficacité à son plus extrême degré. Le choc culturel avec notre culte de la rentabilité et de la performance est nucléaire. Quand vous entrez dans les locaux vieillots et décatis des ministères, il y a des nuées de personnes dans les couloirs qui discutent, rigolent et s'apostrophent ; les salutations étant très importantes ce sont des dialogues du type « hello how are you ? / Fine thank God how are you ? Very good thank you, how is your wife ? she's all good thank you how are your children ? they're fine thank God, how is the work? Etc etc….." Mais si vous demandez votre chemin à quelqu'un (parmi ces douzaines de portes sans inscription ni numéro), il quittera instantanément ce qu'il/elle est en train de faire, ou plutot de ne PAS faire, pour vous aider; c'est pas mignon? Quelques hésitations et volées de marches inégales plus tard (un challenge en talons !), vous entrez dans un premier bureau : généralement ou la télévision hurle dans un coin, ou la radio, ou ils lisent les journaux ou ils dorment étalés sur les bureaux. Les papiers et documents sont éparpillés sur le sol sous le bureau (parce que s'ils les mettent sur le bureau, ils ne peuvent plus y dormir, soyons logiques !!) ou amoncelés en une pseudo pile dont on attend l'érosion naturelle. Mais tout le monde se réveille ou lève les yeux de son journal pour vous saluer gentiment, et ça, j'adore !

Les bureaux des chefs sont un peu mieux rangés, donc moins rigolos. Eux leur truc c'est plutôt de chercher à obtenir des « cadeaux », genre « j'aime beaucoup votre téléphone portable ». je ne compte plus le nombre de secrétaires qui me font compliment de mes boucles d'oreille ou de mon sac avec un œil gourmand… ne jugez pas, je ne sais pas ce que je ferais si j'étais dans ce système, avec un salaire de misère. La notion de temps est extrêmement fluide, donc lorsque nous avons un entretien, nous venons à l'heure dite avec journaux, mots croisés et bouquins et ne prévoyons rien après. Au bout de deux heures de promiscuite forcee dans la salle d'attente bondee, on a echange les journaux avec les voisins, commence a papoter chiffons…tres convivial en somme. Les meilleurs moments pour l'instant furent un ministre qui nous a reçu en djellabah et pieds nus (c'étais un vendredi, il allait prier en bon musulman) et une coupure de courant dans un autre ministère à la nuit tombéé alors que nous nous trouvions au 8eme étage : renonçant aux ascenseurs, nous sommes descendus en nous guidant à la lueur de l'écran de nos téléphones portables !

Je vous donne le reste des ingrédients :

Mes collègues : Fabio, mon directeur c'est Dany De Vito, (ndlrpmm : un acteur américain) un petit Sicilien gras, pas très beau avec une magnifique tonsure de moine et pas toujours très sociable : garder nos rapports strictement professionnels est donc tout naturel….Nicolas, le photographe, est un gamin de 23 ans (j'avais pas encore compris qu'on pouvait être plus jeune que mon petit frère !!) au visage Bradpittien, avec un passé difficile : père suisse et mère anglaise vivant dans une grande propriété en Colombie, il a été élevé dans la soie suisse puis la soie américaine, mais moins encore que sa copine saoudienne (rencontrée pendant leurs études aux USA), fille de la première avocate saoudienne et d'un père riche : bref les enfants de la galere. Malgré ses 3 passeports et 4 langues maternelles (ou l'inverse, ch'sais plus), Nic est très sympa et a plein d'anecdotes du monde qui rivalisent à peine avec les turpitudes du Sausheim de mon enfance, village alsacien de 2000 habitants (et toc !).

Le décor : Abuja, capitale administrative créée il y a 25 ans pour extraire les ministères de la folie de Lagos, la capitale de 12 millions d'habitants, encline aux manifs et à la violence de rue. Abuja est une ville révée idéale sans les moyens de la réaliser : espaces verts, propreté, voies de communication, building modernes ; tout a été commencé mais pas fini ou ne peut pas être entretenu. La ville en soi manque d'intérêt mais est très tranquille, ce qui est un atout pour le boulot.

Depuis une semaine, nous sommes au Hilton, un hotel-village avec des restos, des boutiques, piscine, tennis, badminton, etc, etc (pas encore fini d'explorer)

Le temps : nous sommes à la saison sèche, il fait entre 30 et 35 degrés le jour et l'harmattan (vent sec chargé de poussière) souffle par intermittence. Nous sommes arrivés au début du ramadan (pas d'interviews l'après-midi avec les musulmans car ils sont déshydratés et en hypoglycémie) et juste après une grève d'une semaine due à la montée des prix des carburants.

Notre premier WE a l'exterieur de la ville nous a amene a Jos, une petite ville sur le haut plateau central du Nigeria, au climat mediterraneen (donc plus sec et un peu moins chaud qu'a Abuja). Nous y avons decouvert les villages de huttes rondes en terre battue avec les garde mangers sureleves, la culture Nok ancestrale qui attachait beaucoup d'importance aux esprits et aux sortileges (dans le musee on peut voir des poteries pour pieger les sortileges, gros vases a multiples petites ouvertures a placer sur le toit des maisons). Et la gastronomie nigeriane (immonde) avec un bon fou rire, grace a l'eba, pate de farine de yam qui vous garantit la noyade si vous essayez de nager apres ingestion, et la drawn soupe (a l'okra), tellement visqueuse qu'il est impossible de ne pas avoir un filet qui relie votre bouche en continu a l'assiette, facon machoire-anesthesiee-chez-le-dentiste (tres classe, heureusement que Brad Pitt n'etait pas la !).

Les Nigerians sont absolument adorables et tres protecteurs vis-à-vis des filles, ce qui me facilite vraiment la vie. Leurs passe-temps favoris sont la discussion (tellement vive que j'ai toujours l'impression qu'ils vont se taper dessus alors qu'ils parlent meteo) et dormir (hilarant de voir les journaliers dormir dans leur brouette en attendant du boulot).

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Photos / videos of "malaria et id al fitr a Kano":

la mosquée de terre battue reconstituée à Jos un vrai sourire.... (marché sur la route de Jos) discussion sur le pas de porte sur le prix du yam (Jos) les chevaux de la cavalcade à Kano l'assemblée des émirs: une photo exclusive obtenue grâce à la malice de notre chauffeur et dont vous apprécierez la rareté l'une des centaines de délégations des émirats locaux venus rendre hommage et renouveler serment auprès de l'émir de Kano l'émir de Kano (photo exclusive entre les hommes de sa suite et au son des kakakis, les longues trompettes réservées aux annonces royales) un centième de la parade de chevaux magnifiquement harnachés et d'hommes en tenue d'apparat quelques musiciens (suivis de chameaux, puis d'hommes d'armes simulant des combats à l'épée, puis de bouffons sur des échasses, puis de tireurs d'élite utilisant des fusils anciens, etc) fière allure une des nombreuses délégations... avant la charge d'apparat où les chevaux traversent l'esplanade devant les tribunes au galop, les hommes brandissant le poing en saluant l'émir la garde rapprochée de l'empereur, reconnaissable au harnachement, à l'allure guerrière et aux plumes d'autruche et de paon un des émirs locaux et sa suite
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